Il n’existe pas de scène proprement dite dans cette salle, mais les spectateurs forment un cypher dans la salle, c’est-à-dire qu’ils entourent les participants en leur laissant un espace similaire à une petite scène. 6Lorsque le hip-hop apparaît dans les années 1970 aux États-Unis, cette dimension transgressive est d’ores et déjà présente, tout comme le fonctionnement agonistique observable au sein des battles. Au final, Disiz s’est peut-être enflammé en lâchant ce gros gâteau de 26 parts, à s’y brûler les ailes. J'ouvris lentement les yeux AH !le soleil m'éblouie les yeux je me retourna et voyais.. Don't forget that insults, racism, etc. Oh non la merde. Éribon, Didier, 2008, Contre l’égalité et autres chroniques, Paris, Éditions Cartouche. Bourdieu, Pierre, 1992, Les Règles de l’art, Paris, Seuil. 33Les représentations du rapport homosexuel participent de la même intrication entre rituel poétique et valeurs et aboutissent elles aussi à un paradoxe, qui peut nous amener à refermer cette étude par une interprétation du rôle de la transgression langagière ici. Parmi les passionnés de ces tournois, les interminables discussions à propos d’oppositions ayant eu lieu portent souvent sur ce point : lorsque des vers semblent peu spontanés, certains affirment qu’ils ont été écrits à l’avance, ce qui disqualifie le concurrent qui les a prononcés. Le crew est le groupe d’amis dont fait partie le rappeur, et reproduit le schéma du « groupe de pairs » urbain ; pourtant, le crew peut réunir des personnes issues de lieux et d’horizons très différents, qui se sont rencontrés dans les lieux réels du hip-hop, comme les salles de concert, les MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture), les disquaires spécialisés ou les festivals, voire sur Internet. 198-208. Je pris une clope et me rendis conte que j'avais pas de briquer sur moi . Campbell, Kermit E., 2005, Getting  our Groove on. 1  Nous avons préféré ici ce terme à celui d’« afro-américain », conformément aux évolutions des usages aux États-Unis et dans la recherche anglophone. Les répliques les plus appréciées par le public sont celles qui expriment ce rapport d’agression au travers d’un jeu astucieux sur les mots qui souligne l’imagination et la maîtrise du rappeur ; par exemple, Nekfeu lance à Logik Konstantine pour souligner l’échec cuisant de sa carrière musicale : « Faudrait qu’j’te casse un bras pour qu’tu fasses une radio » (4 : 08), jouant sur les deux sens possibles – musical ou médical – de l’expression « faire une radio ». Ken ken ta soeur ! Le rappeur qui a la parole dispose d’une minute – parfois jusqu’à trente secondes de plus, en fonction du bon vouloir du juge – pour couvrir son adversaire d’injures tournées de manière à provoquer l’hilarité du public. Le jeu se situe bel et bien au niveau de l’imaginaire, et en particulier de celui du public. On a beau attendre Disiz pendant 25 titres – Dieu, 25 titres, pourquoi ?! Dans le cas étudié, il s’agit de Stunner et Donny S, un rappeur parisien membre du crew Yellow Stone qui participe au sixième combat en tant que concurrent. Le premier tournoi organisé par cette ligue a eu lieu le 11 décembre 2010 dans le dix-neuvième arrondissement de la capitale et a réuni douze rappeurs français ; c’est ce tournoi qui retiendra particulièrement notre attention. Notes on Gangsta Rap Music and Notions of Manhood, Journal of African American Men, 2, 1-4, pp. Par exemple, parmi les douze participants du premier tournoi Rap Contenders, quatre appartiennent au crew nommé « L’Entourage » (Alpha Wann, Deen Burbigo, Eff Gee et Nekfeu), alors qu’ils viennent de quartiers différents – le quatorzième arrondissement de Paris pour Alpha Wann, Aubervilliers (93) pour Deen Burbigo, le dix-neuvième arrondissement pour Eff Gee et le quinzième pour Nekfeu. Arrive enfin Extra-Lucide, un album de … 26 tracks, c’est presque trop riche, qui sonne pour lui comme l’aboutissement, l’opus tant rêvé. L’événement poétique joue un rôle important dans la mesure où il est le lieu d’élection d’acteurs culturels singuliers, chargés par le groupe de faire advenir les codes du hip-hop de manière nouvelle et particulièrement frappante. P’tit pédé de bouffon j’crois qu’c’est des boules de geisha » (4 : 58). La Joute verbale d’insultes dans la culture de rue, Paris, Éditions des Archives contemporaines. À partir de ce schéma premier, chaque intervenant élabore des stratégies discursives propres, mais dans lesquelles se manifestent toujours d’une façon ou d’une autre les symboles essentiels – core symbols diraient les anglophones – de la culture commune. À partir de l’étude d’un tournoi filmé en 2010 à Paris, nous tenterons de saisir les enjeux de ces transgressions langagières dans les battles de rap. A ma grande peine, j’ai ressenti Extra Lucide comme un album fade, régressif ( « Tu tu tu tu tu tu brilles »), torturé entre des messages à vocation éducative et des punchlines de CM2. Ces hommes s’en prennent émotionnellement ou physiquement aux homosexuels (…) pour développer une image machiste d’eux-mêmes dont ils puissent se sentir fiers6. Gradur, l’interview à un million de dollars, Casey et Virginie Despentes, la rencontre (2ème partie). L’événement, qui a été filmé dans son intégralité, est exceptionnel, à défaut d’être le premier du genre. Pendant son tour de parole, le rappeur adopte généralement une attitude de défi, s’approchant de son adversaire pour le toiser avant de se reculer pour le montrer du doigt d’un air méprisant, prenant à parti le public. En l’absence de trouvailles véritablement inattendues inspirées par l’adversaire et son image, il est toujours peu risqué de se fier aux plaisanteries sexuelles homophobes et misogynes. Ces étapes pourront servir de base à une interprétation des phénomènes de transgression langagière dans les joutes verbales de hip-hop, dont l’imaginaire sexuel volontiers brutal, misogyne et homophobe n’a pas manqué d’inspirer nombre de commentateurs extérieurs. Tellement on était mort de rire on l'avait réveiller. Évidemment, les valeurs négatives associées à ces éléments ne sont pas propres à l’univers du hip-hop, qui ne fait dans une large mesure que refléter des valeurs présentes dans l’ensemble de la société. Il ne s’agit jamais uniquement d’une référence à un lieu réel, mais toujours à la fois d’une sorte de symbole central au sein d’un système de valeurs. À travers des traits d’esprit, des rimes et des effets de citation et de parodie – en somme, à travers des effets – il s’agit toujours de revendiquer un statut d’authenticité. Cette construction par les acteurs du mouvement hip-hop de l’histoire de ce dernier ne correspond qu’en partie à sa véritable genèse, mais n’en est pas moins extrêmement prégnante dans leurs discours. Cette intuition généalogique est confirmée par les linguistes et sociolinguistes spécialisés dans le parler des ghettos noirs américains comme Abrahams (1970, 75). L’univers figural mobilisé est celui du groupe de pairs, en particulier du groupe de pairs jeune et masculin des quartiers populaires, dont les membres passeraient le plus clair de leur temps à plaisanter, à se taquiner et à parler de sexe de manière outrageuse. Le couplet de rap se présente comme provenant des tréfonds de la rue, des tréfonds du réel : le MC « baves du béton, crache du béton, chie du béton », disait Akhenaton dans la chanson du groupe I AM « Demain c’est loin ». La réplique mettant en scène l’adversaire dans un rapport homosexuel, même si elle est peu inventive et ne comporte pas ou peu d’effets sonores ou rythmiques, fait rire le public en raison de son seul contenu. Ainsi, dans une certaine mesure, le recours à un imaginaire du rapport sexuel hétérosexuel ou, le plus souvent, homosexuel sert de métaphore au combat verbal lui-même. Se baladant sans cesse avec un naturel déconcertant entre l’old school et moderne, le MC est toujours juste, efficace, surprenant. Son discours est orienté vers la destruction de l’autre comme persona constituée au sein du hip-hop. Dans le rap au sens plus général, les chansons parlant de l’homosexualité sont très rares. N’oublions pas que l’un des ancêtres de cette forme de joute est le jeu africain américain1 des Dirty Dozens, qui consiste à insulter la mère de son opposant à travers des répliques souvent scatologiques et/ou pornographiques. Mais ma piste préféré est « Léa », un storytelling incroyable sur les filles en 2012 que A2H a parfaitement cerné. Pourquoi la marque Supreme est-elle devenue si prisée ? Cet aparté méta-poétique en dit long sur ce qui est en jeu ici. Après un très raffiné « Baby, fais-moi la bise, puis suce-moi la bite », il reconnaît : « OK je suis vulgaire, les bourges en chopent des ulcères, quand ils écoutent ce qui sort de ma bouche c’est le son dangereux du ter-ter ». Il se montre au grand jour, se met à nu devant son public : un disque touchant et puissant, duquel on ne peut rester insensible. Par ailleurs, ils prétendent abhorrer l’homosexualité, qui incarne la fausseté et l’inauthenticité par excellence, et passent le plus clair de leurs couplets à se mettre en scène avec leur adversaire du même sexe dans les postures sexuelles les plus explicites. Rap Music and Black Culture in Contemporary America, Hanover and London, Wesleyan University Press. Béthune (2003, 137) a souligné combien « À sa façon, le rap réactualise de manière explicite un vif penchant pour la poétique de l’obscène, propre à la tradition afro-américaine ».

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